Immanquables ! Les projets de datavisualisation de l'artiste Eric Fischer

Dans un précédent article, j'évoquais à quel point, lorsque les statisticiens et les designers se rencontrent, cela converge vers de l'art. Force est d'admettre qu'avec ses réalisations, Eric Fischer donne véritablement ses lettres de noblesse à une conception artistique de la datavisualisation. Le geek of maps comme il se surnomme sur son compte Twitter aime jouer avec les données géolocalisées des réseaux sociaux.

Dans une certaine mesure, ses réalisations rappellent les visualisations dynamiques de faberNovel qui appuyait son modèle sur l'activité de la téléphonie mobile (déplacement, appel, envoi de SMS) ou celles du canadien Jer Thorp explorant les interactions entre les utilisateurs de Twitter. Avec un talent indéniable et une âme d'artiste photographe, Eric Fischer s'emploie à traduire visuellement des comportements humains de masse, décrits habituellement par des mots, des chiffres ou des cartographies grossières. Ces travaux sont d'une précision redoutable puisque dans le cadre de ses projets, il lui arrive régulièrement de proposer des cartes dotées d'une résolution dépassant la taille d'un carré de 6000 pixels de côté.

Eric Fischer

Parmi ses outils de prédilection et de recueil des données, on compte bien sûr Flickr et toute la richesse de l'open data américain. Je souhaite en particulier attirer votre attention sur ces cartographies représentant la densité du nombre de photographies en fonction de leur géolocalisation. Les points bleus correspondent aux photos prises par les "locaux" (pour Paris, on distingue par exemple la Bibliothèque nationale de France, le bassin de la Villette ou le parc Montsouris) tandis que les points rouges correspondent aux photos prises par les touristes (pour Paris, on repère en particulier Versailles, le quartier de la Défense, les Champs Elysées, Montmartre ou la Tour Eiffel).

Eric Fischer

Toujours grâce à la géolocalisation, une autre série de cartes s'emploie à distinguer les points de forte densité en photos postées sur Flickr (en rouge), en les comparant avec les points de forte densité en tweets publiés sur Twitter (en bleu) ou encore les points mixtes (en blanc). Pour la plupart de ses travaux, on dénombre plusieurs dizaines de villes, même si la plupart sont essentiellement européennes ou nord américaines.

Eric Fischer

Avec ses cartes, Eric Fischer traite de nombreuses thématiques. Certaines sont délicates à analyser (comme la diversité ethnique aux Etats-Unis), d'autres peuvent révéler un dysfonctionnement (par exemple, avec cette carte des taxis voyageant avec ou sans passager) ou aider à la décision (une série de cartographies révèle les axes les plus utilisées dans plusieurs grandes villes). Appliqués à une plus grande échelle, les travaux d'Eric Fischer pourraient rapidement se révéler tout simplement indispensable tant ils apportent du sens aux données de grandes envergures. Enfin, on appréhende également tout l'intérêt d'une véritable politique open data, laquelle tarde dramatiquement à se mettre en place en France.